Comment utiliser le poids du corps ?

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Quand vous jouez du piano vous sentez des points de contraction, des tensions ou de la raideur. Votre poignet est fixe, les épaules sont relevées, la mâchoire est serrée. Vous arrêtez de respirer, vous êtes en apnée. Le son de votre jeu devient dur, et peu agréable.

Bonne nouvelle, cet article est fait pour vous !

Notre raideur, nos tensions musculaires ont un impact direct avec notre son. Si on veut un beau son chantant, notre façon de jouer doit être détendue et souple.

Nous avons vu dans un article précédent comment s’installer au piano.
Nous allons nous concentrer sur la position et le poids du corps pour apprendre à garder une souplesse musculaire.
Cela nous permettra de garder une certaine détente pendant l’exécution d’un morceau.

Mais alors comment avoir un beau son plein ?
Asseyez-vous et cherchez vos appuis sur les ischions (petits os dans les fesses).
Prenez appui sur vos pieds dans le sol.
Une fois que vous avez trouvé la stabilité, redressez-vous.
Grandissez-vous, cherchez à vous sentir large au niveau des omoplates.
Vous allez rechercher le mouvement naturel.

Crédit poto : chopin-AlexandriaPixabay

Le poids du corps

Asseyez-vous au piano.
Posez les 2 mains sur vos genoux.
Levez la main au dessus du clavier du piano, assez haut.
Vous allez laisser tomber votre main sur le piano avec votre bras complètement détendu. Votre bras est lourd, vous faites le poids mort.
Il doit être tout mou comme une poupée de chiffon.
Le choix des notes importe peu. Vous pouvez jouer un cluster par exemple.
Ce qui est important c’est de laisser la main tomber avec tout le poids du corps et le bras lourd. Vous devez vous laissez aller.

Exercice

Prenez votre cluster.
Vous allez le jouer sur plusieurs octaves en montant vers les aigus puis en descendant dans les graves.
Jouez le cluster en laissant tomber la main au fond du clavier avec tout le poids du corps. Montez la main en l’air et prenez de l’élan pour aller jouer l’accord suivant en laissant tomber la main avec tout votre poids, sans forcer. Laissez tomber votre main dans le fond du clavier de la manière la plus détendue possible.
Ainsi de suite.

Vérifiez votre position

Quand la main est sur le clavier, vous pouvez vérifier votre position :

  • la voûte doit être bien formée
  • l’articulation du pouce est en dehors
  • le poignet est bas et souple
  • les doigts sont arrondis  jusqu’à la dernière phalange.

Crédit Photo : PianoMainHommePublicDomainPicturePixabay

Pas de mouvements parasites

Vous allez vérifier que vous ne faites pas de mouvement parasite.
Pour cela, faites le minimum. Ce n’est pas la peine de faire des gestes de souplesse dans tous les sens. Le geste est dans la préparation avant de jouer la note. Une fois que la note est jouée, c’est trop tard, inutile de faire des gestes supplémentaires. Ça ne changera rien au son de faire des petits ronds avec le poignet, ou d’écarter les coudes. C’est ce qu’on appelle les mouvements parasites.
Ces mouvements sont à éviter !

Le plaisir de jouer

Vous allez ressentir un véritable plaisir de jouer avec le bras complètement souple. Votre main placée au fond du clavier, avec vos doigts ancrés dans les touches. Votre jeu va être plus solide. C’est une sensation très agréable. Vous allez jouer sans fatigue et vous pourrez vous concentrer sur l’égalité des doigts et la sonorité.
En prenant l’habitude de jouer avec le poids du corps, vous allez développer une sonorité intéressante. Peu à peu vous sentirez de la puissance au bout de vos doigts et vous pourrez faire des nuances plus larges.

Pratiquez cet exercice régulièrement et surtout allez voir, même une fois, un prof de piano près de chez vous. En effet si vous avez pris l’habitude de travailler seul, laissez-vous tenter par un cours de piano de temps en temps. Le prof pourra vous guider dans ce travail délicat et  vérifier votre posture !

 

 

23 réflexions sur « Comment utiliser le poids du corps ? »

  1. Très intéressant cet article. D’autant plus que je me reconnais un peu dans la petite description du début. Je vais essayer ça dès que possible. Merci aurélie !

  2. Bonjour Aurélie,

    Encore merci pour votre générosité, je lis consciencieusement vos articles et je pratique tous vos conseils, tous vos lecteurs progressent sûrement.
    J’ai une question, qu’est-ce qu’un cluster ?? ce mot n’est pas dans mon vocabulaire.
    Merci et bonne journée
    Nathalie

    • Bonjour Nathalie, merci pour votre message, ça me fait plaisir et me donne plein d’énergie pour continuer !
      Un cluster est un groupe de notes jouées ensembles. Contrairement aux accords les notes du cluster ne sonnent pas harmonieusement ensemble. Par exemple si vous jouez les notes Do Ré Mi Fa Sol en même temps, vous jouez un cluster.

  3. Bonjour,

    Élève, j’ai appris ainsi que vous le décrivez, à jouer avec les doigts arrondis. Mais apparemment, il y a une autre école qui recommande le jeu avec les doigts à plat, particulièrement en blues. Qu’en pensez-vous ? Faudrait-il adapter le positionnement des doigts selon les styles ?

    • Bonjour Raphaël,
      plutôt que de se concentrer sur la position arrondie je préfère me concentrer sur la sensation des doigts sur les touches. A l’intérieur d’un morceau, je joue parfois arrondi et parfois à plat selon les besoins 🙂
      Après en blues, je pense que la position des doigts est moins contrôlée qu’en musique classique.

  4. Bonjour,

    Il y a un point sur lequel j’aimerais revenir, ne serait-ce que pour éviter un malentendu.

    Si vous entendez par “mouvement parasite” un geste qui, au mieux, ne sert à rien et au pire est dangereux car susceptible de générer des blessures, je suis entièrement d’accord avec vous.

    Cela étant, vous dites : “Pour cela, faites le minimum. Ce n’est pas la peine de faire des gestes de souplesse dans tous les sens”.

    Je pense que “faire le minimum” ne peut que favoriser l’immobilité, ce qui au final génère un mauvais son et est aussi à la source de tensions musculaires particulièrement inopportunes.

    Je vais prendre un exemple : Cette Valse Sentimentale de Tchaikovsky jouée par Valentina Lisitsa :

    https://youtu.be/4Puw49Bry7U

    On observera qu’il y a énormément de gestes, pour un tempo assez lent.

    Ces gestes ne sont pas nécessaires pour simplement “jouer les notes” mais ils le sont indubitablement pour l’interprétation de l’oeuvre. Et ce sont probablement (en fait j’en suis sûr !) ces gestes qui font la différence entre une bonne et une mauvaise interprétation. Ce sont ces gestes qui font la différence entre un jeu mécanique et un jeu avec des phrasés superbes.

    J’ajouterais que si on observe bien le jeu des très grands pianistes, on remarquera que très souvent, ils ont des gestes qui leur sont très personnels.

    Je pense même que les mouvements des mains (sans parler pour autant de chorégraphie encore que…) sont indissociables de l’interprétation elle-même.

    Ecouter un CD ou aller voir un récital sans voir les mains du pianiste est pour ma part extrêmement frustrant (et c’est malheureusement très souvent le cas). Il y a une “beauté” du geste pianistique, j’en suis persuadé.

    Qu’en pensez-vous ?

    • Merci pour ton commentaire Bruno.
      Je pense que le mieux serait de remettre à jour cet article. En effet je l’ai écrit il y a longtemps et je n’avais pas encore l’habitude d’exprimer à l’écrit ces notions complexes. Je me rends compte que ce texte est mal compris.

      En tout cas, je suis POUR les gestes, je bouge moi-même beaucoup quand je joue.
      Mais ici je parle du poids et précisément dans cet exercice le geste est particulier.

      En revanche, j’ai beaucoup de respect pour la pianiste Valentina Lisitsa mais je n’adhère pas à son jeu.

  5. Merci pour la piqûre de rappel ! Bonne chose que de revenir aux fondamentaux. (Il ne faut pas le dire mais je n’aime pas les pianistes qui “cultivent “les gestes parasites). Merci pour ces conseils qui me font renouer avec mon corps quand je travaille.

  6. Bonjour Aurélie, hé oui, il m’arrive de souffrir de la main gauche et du poignet lorsque je joue des accords. Il s’agirait donc d’une mauvaise position… Merci à Nathalie d’avoir posé la question sur le cluster, je pensais aller voir sur Google car j’ignorais aussi la signification de ce mot…

  7. Bonjour Aurélie,
    il y a quelques années, alors que je suivais encore des cours de piano, j’ai travaillé le poids du corps. Faisant beaucoup de yoga et de Qi qong, j’avais, me semblait-il, les articulations déliées et souples.
    Mais la difficulté pour moi de jouer avec le poids de mon corps, c’était le plan de travail qui pour moi relève de 2 directions (avant/arrière, gauche/droite).
    Même si j’avais acquis une bonne technique, ma professeure me disait que je n’avais pas encore les gestes du pianiste. Donc du travail en perspective avec votre article que je trouve très clair.
    Comme je regrette d’avoir rencontré votre méthode si tardivement dans ma vie de pianiste amateur.
    Merci de nous éveiller à tous ces gestes qui semblent spontanés…mais qui ne le sont pas autant que ça! Bonne journée
    Nathy

    • Tout à fait d’accord avec toi Nathy !
      J’apprécie beaucoup le jeu de cette artiste. En fait, je suis admirative de son jeu.
      Et c’est tellement incroyable de voir la différence entre le haut du corps qui bouge à peine et les doigts si agiles 🙂

  8. Bonjour Aurélie,
    Merci pour vos conseils, ils sont absolument utiles. C’est vrai que J’ai tendance à être crispée pour ne pas dire “coincée” et je vais faire les exercices décrits dans votre article au plus tôt. D’autre part, les commentaires, les questions et vos réponses sont aussi pleines d’enseignement.
    Merci,
    Nathalie

  9. Re-bonjour,
    Un mail très intéressant et très important.
    Moi quand j’ai le trac effectivement, je suis beaucoup trop tendu, les épaules relevées, sans bien respirer, pas détendu, et tu l’as vu.
    Quelques remarques /questions :
    1) d’abord qu’est ce qu’un cluster? Une définition à toi car selon JF Zygel ce n’est surement pas ce que tu veux dire.
    2) Ensuite très bon exercice que tu proposes.
    3) Que veux tu dire par ‘l’articulation du pouce est en dehors’.
    Moi j’ai un défaut c’est qu’il est très , beaucoup trop en dehors , il traine même parfois en dehors du clavier. Mon prof me le fait ramener sur la touche, mais j’ai du mal. Toi tu sembles proposer une certaine ‘ouverture’. A préciser peut être.
    4) en introduction tu écris “vous sentez des points de contraction, des tensions ou de la raideur. Votre poignet est fixe, les épaules sont relevées, la mâchoire est serrée. Vous arrêtez de respirer, vous êtes en apnée.”
    Alors là c’est exactement comme cela que j’étais (et quand je suis en public. épaule ! respiration !… Ah là là il faudra y revenir s’il te plait.
    Et puis il y a même toute la chaine depuis l’épaule jusqu’aux doigts, là ou devrait se sentir le poids…???
    Merci, c’est bien vu, qu’est ce que tu bosses !… respect.
    Dominique

    • Bonjour Dominique,
      1) d’abord qu’est ce qu’un cluster? Une définition à toi car selon JF Zygel ce n’est surement pas ce que tu veux dire.
      Que veux-tu dire par là ? Que dit Zygel de différent ?

      Oui, je vais préciser pour l’articulation du pouce. Je pense qu’il que j’explique davantage la différence entre le pouce en dehors et l’articulation du pouce en dehors. Car ce n’est pas la même chose. Et j’ajouterai une photo pour illustrer.

      Oui,je bosse beaucoup. C’est parce que j’aime ça ! C’est la passion. J’aime partager ce qui me tient à coeur.

  10. bonjour Aurélie,
    très bon article surtout que tu connais mon trac quand il s’agit de jouer devant des personnes malgré des progrès mais pas la caméra pour moi très impersonnelle. Une machine qui te regarde. J’ai toujours tendance à avoir les
    épaules trop relevées. Il faut que je corrige cela pour me détendre et être plus souple au clavier et avoir une meilleure respiration.
    Amicalement

  11. J’ignorais moi aussi ce que voulait dire “cluster”. On apprend beaucoup de choses avec toi Aurélie. Merci. Lorsque je joue du piano non je ne ressens pas de douleur. J’apprécie beaucoup le rappel de tes conseils car on a souvent tendance à les oublier. D’ailleurs je les ai photocopiés pour les avoir près de moi. “ce qui est important, c’est de laisser la main tomber avec tout le poids du corps et le bras lourd, vous devez vous laisser aller, prenez votre cluster”… je vais faire cet exercice car je jouerai peut-être plus détendue ? j’oublie aussi la respiration. Et le trac pour l’instant je l’ai toujours. Dany

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