Les ornements ou ornementations sont très à la mode dans la musique ancienne. Il sont présents dans maintes et maintes musiques. Vous pourrez les repérer facilement sur vos partitions car ils sont écrits par des petits signes étranges que-dessus de la portée musicale. A l’écoute, les ornementations sont des notes jouées à toute vitesse.

Il est très fréquent de trouver des signes d’ornementation dans les parititons de Bach et de ses contemporains. Mais il est aussi très difficile de s’y retrouver car les ornements en musique sont joués différemment selon les époques, les pays et les compositeurs. 

Dans cet article, je partage avec vous  la table des ornements écrites par J.S. Bach lui-même. C’est une excellente base pour commencer à jouer les ornements dans les partitions de Bach. Ensuite, avec un peu d’habitude, vous pourrez être plus créatif ou vous inspirer du jeu des pianistes concertistes dans les oeuvres du répertoire.

La table des ornements de J.S. BACH

Les ornements sont « des petites notes (…) ajoutées par le compositeur pour enjoliver et agrémenter le texte musical et en augmenter la beauté ».

Au départ, les ornementations  étaient improvisés. Au milieu du XVIIe siècle l’art de l’ornementation atteint une extrême complexité. Avec le temps, ils deviennent de plus en plus souvent notés. Soit entièrement, soit avec des signes spéciaux.
Les compositeurs français et allemands publient leur table.

Les signes y sont répertoriés mais peuvent avoir une signification différente. La table des ornements de Bach apparaît dans le Klavierbüchlein für Wilhelm Friedemann Bach. Elle donne des indications sur l’interprétation des différents signes avec l’annotation suivante : «Explication des différents signes, montrant comment jouer certains ornements correctement». Et ça c’est Bach qui le dit !

Les ornementations ou embellissements sont formées par la note diatonique juste au-dessus ou en-dessous de la note principale. On commence toujours par la note auxiliaire, sauf pour l’exemple n°2. La première note est jouée exactement sur le temps. Le choix du ton ou le 1/2 ton est déterminé par la tonalité. Quand la tonique d’une tonalité mineure a un mordant, on prend la note sensible. Quand la note auxiliaire est jouée juste avant l’ornement, elle doit être répétée au début.

Les mordants

La note avec le signe est écrit dans la première mesure, la manière de jouer selon Bach est écrite dans la deuxième mesure :

Le mordant supérieur

Bach appelle cette figure le “trillo”. Aujourd’hui on l’appelle le mordant. Ce mordant est un battement commençant par la note supérieure. La note écrite est DO. Pour jouer le mordant supérieur, on commence par jouer la note immédiatement au-dessus du DO : le Ré. On termine par le DO. Pour jouer le mordant supérieur, on joue des battements : Ré-Do-Ré-Do-Ré-Do.

Le mordant inférieur

La 2e figure nous montre le mordant inférieur. Regardez bien, le signe est différent du premier car il est barré. Ce mordant inférieur commence par la note écrite. Il fait un aller-retour en passant par la note inférieure. On joue Do Si Do. C’est le seul ornement qui commence par la note écrite.

La double ornementation

Voici une double ornementation, le mordant supérieur suivi immédiatement par le mordant inférieur. Pourle jouer je commence par la note au-dessus, ici le Ré. ensuite je joue mes battements en enchaînant directement avec le mordant inférieur. Je joue : Ré do Ré do Ré do Si Do.

Le Grupetto

Bach n’appelle pas le grupetto : “grupetto”, mais “cadence”. Mais, de nos jours, le mot cadence désigne autre chose, nous y reviendrons plus tard. Le grupetto est noté avec un S allongé au-dessus de la note.

On part de la note supérieure, puis la note écrite, la note inférieure et retour sur la note écrite. Dans notre exemple, on part de la note juste au-dessue du Do. C’est à dire qu’on joue Ré, Do, Si, D,  Ré. À l’époque baroque, on parlait de « tour de gosier », vu dans “Les règles de l’Interprétation Musicale à l’époque Baroque” de J.C. Veilhan.

Les tremblements

Dans l’exemple 5, la petite cédille nous indique de partir de la note inférieure. ensuite c’est le même battement que celui du mordant supérieur. On joue : Si Do Ré Do Ré Do Ré Do.

Dans l’exemple 6, c’est le même procédé avec seulement la première note différente. La cédille est dirigée vers le haut. Le point de départ est le Ré. Pour jouer ce tremblement, je joue Ré Do Ré Do Ré Do Ré Do.  
***Doppelt (allemand) signifie double.  

Sortez vos lunettes ! Ou bien prenez une loupe. Dans l’exemple 7 et 8 , le mordant de la fin est barré. C’est très difficile à voir.

 

Les appogiatures

Exemple 9 appogiature inférieure et exemple 10, appogiature inférieure. C’est noté grâce à un petit “c” à gauche de la note. Ce signe est dirigé vers le bas ou vers le haut.

L’appogiature est le terme utilisé aujourd’hui pour désigner une dissonance appuyée sur le temps. Elle consiste à jouer une note voisine de la note attendue. Elle ne paraît pas fausse car elle se résout sur la note réelle (note faisant partie de l’harmonie, dans notre cas, note écrite).

Dans les exemples 11 et 12, nous avons 2 manières d’écrire l’ornementation pour un résultat identique.

 Avec ce guide, écrit par Bach vous pourrez jouer vos ornements de la manière approuvée par Jean Sébastien lui-même ! Mais ce ne sera pas toujours simple. Vous aurez de quoi réfléchir quand vous appliquerez cette table dans le contexte d’une œuvre de Bach.

Si cette table est correcte pour jouer Bach, elle ne l’est pas pour jouer d’autres compositeurs de la même époque. Chaque compositeur ayant ses propres codes.
Et vous, sur quelle oeuvre de Bach allez-vous appliquez ces ornements ? Partagez le dans les commentaires, merci !

 

14 réponses

  1. bonjour
    je viens de découvrir votre blog en cherchant plus d’infos sur les ornements dans l’aria des variations Goldberg. J’adore mais ma technique est insuffisante pour les jouer toutes, mais l’aria, ça va ! Bach c’est pas facile et si on se trompe de doigté, on est fichu, au bout on n’a pas assez de doigts !! j’ai 67 ans, j’ai étudié le piano enfant , mais comme avec mes parents on a beaucoup bougé, j’ai eu beaucoup de profs de piano, et pas toujours des très bons; Et puis après le bac, terminé : fac, enfants, travail…je m’y suis remise avec un prof depuis une douzaine d’année, et c’est un vrai bonheur, parce que je fais toujours des progrès, en technique et en interprétation.
    pour en revenir à mon cher Jean Sébastien, j’ai écouté les versions enregistrées de grands pianistes avec la partition sous les yeux et je remarque que ce qui est joué en mordant inférieur est écrit en double (ce que ma prof m’avait indiqué)…
    en tous cas merci

    1. J’ai scrupuleusement recopié le manuscrit de la table d’ornementation de Jean Sebastien Bach éditée dans le Petit livre pour Wilhem Friedeman Bach. Il faut ensuite adapter selon les oeuvres 🙂

  2. Bonjour, je travaille l’aria du Golberg au piano et au clavecin et j’ai des avis divergents. Faut-il jouer la petite note écrite en double croche avant le ré blanches dans les 2 ° et 4° mesures, 2° temps avant le temps ou sur le temps. En ce cas faut-il mettre en valeur les ré blanches ou la petite note d’appoggiature. La règle baroque veut l’ornement sur le temps, mais au piano, il parait qu’on peut faire autrement et mettre en valeur les blanches. Merci de me donner votre avis personnel. C’est un sujet de débat et on n’arrive pas à le trancher.

    1. Bonjour Isabelle, je comprends votre embarras devant votre partition. Pour ma part, je joue les ornements selon la règle baroque (qui peut changer en fonction des compositeurs!). Lorsque j’ai transcrit sur ce blog cette table d’ornementation de Bach, je voulais montrer le point de vue Bach lui-même. Et j’aime m’y tenir, alors je joue l’ornement sur le temps.
      Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de plaisir avec cette magnifique partition ! 😉

  3. Bonjour. Je suis désolé mais je ne comprends pas. Avec vos explications sur les ornements, dans l’aria des variations Goldberg, je ne reconnais pas du tout la partition lrques j’écoulte Gould ou d’autres. Notamment le mordant commençant par la note supérieure n’est vraiment pas ce que j’entends (mais c’est ce que je vois sur la partition). Je suppose que quelque chose m’échappe.

    1. Bonjour François,
      ce n’est pas étonnant de ne pas comprendre quand on sait que chaque interprète joue le mordant à sa manière en respectant plus ou moins les indications de l’époque.
      Ici vous avez la table des ornements écrite par JS Bach lui même. Il l’a écrite pour donner le mode d’emploi aux instrumentistes.
      Je n’ai fait que la recopier.
      A vrai dire, les instrumentistes ne respectent pas souvent cette table.
      Voyez cette table comme une indication servant de base et faites comme vous le ressentez. C’est à dire :
      appliquez à la lettre les indications de Bach
      ou bien laissez faire votre instinct pour interpréter à votre manière.

  4. Bonjour Aurélie,
    Voilà qui va me rafraîchir la mémoire. J’ai tendance à confondre les ornements, d’autant plus que, si je ne m’abuse, ils changent selon les époques, les compositeurs, c’est un peu le fouillis dans ma tête (et la flûte possède aussi les siens !).
    Merci pour cette bonne idée et ce précieux document.
    Bonne journée.

    1. Oui les ornements dont différents selon les époques, les pays et les compositeurs. C’est pour cette raison que c’est difficile de savoir jouer les ornements.

  5. Merci pour cet article très intéressant et enrichissant. Je connaissais certains mordants mais pas tous. Heureuse de les découvrir. Bonne journée Aurélie. Danielle.

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